2010-12-13 18:36:34
Il est rare que Luc Beauregard, le fondateur de la firme National et le pionnier de notre profession sorte de ses gonds, comme il l’a fait dans une lettre intitulée « Lynchage public », publiée dans La Presse le 3 décembre dernier. Il poursuit sa réflexion ce matin.
Sa première lettre a suscité beaucoup de discussions dans les cabinets de relations publiques au Québec et une réponse très négative de la part du professeur Jacques Rousseau, de l’UQTR. J’espère que ce sera le début d’un débat réel car ni les médias ni les organisations qui doivent communiquer ne semblent trop savoir comment gérer la multiplication des sources d’information disponibles et l’accélération de la diffusion de cette information. Je suis d’accord avec M. Beauregard qu’on assiste trop souvent à des dérapages qui créent des victimes innocentes. Mais je ne m’ennuierai pas d’une époque où les journaux n’avaient qu’une édition et où les décisions se prenaient en privé au sein de « old boys’ clubs ».
Je n’ai pas de leçons de journalisme à donner. Il m’est déjà assez difficile de conseiller nos clients qui doivent composer avec cette nouvelle réalité. Mais dans ce débat, je crois que l’intérêt public repose sur quelques principes fondamentaux et élémentaires :
- La vie privée des personnes est sacrée, même si celles-ci, par exemple les politiciens, décident parfois d’en révéler une partie. De même, la réputation des personnes a une valeur et on ne devrait pas se lancer dans des attaques nominatives sans avoir des raisons sérieuses et, à moins de circonstances exceptionnelles, de manière anonyme. L’utilisation d’un blogue ou d’un compte twitter ne comptent pas, selon moi, parmi ces circonstances exceptionnelles.
- Les médias traditionnels jouissent d’une crédibilité qui dépasse celle des « journalistes-citoyens » ou des blogueurs et, par conséquent, ont une responsabilité accrue, s’ils veulent conserver leur crédibilité. Cette responsabilité inclut la nécessité de ne pas reprendre toutes les bêtises qu’on peut retrouver sur les blogues et de ne pas généraliser l’usage de sources anonymes.
- L’information circule rapidement et le foisonnement des nouveaux médias garantit qu’elle le fera toujours de plus en plus, que cela soit désirable ou non, comme le démontre l’émergence du site Wikileaks. On peut tout de même souhaiter que les organismes qui diffusent l’information fassent preuve de discernement.
- L’argent public ce n’est pas comme l’argent privé. Dans une économie comme la nôtre où le gouvernement occupe une place importante, toute personne ou entreprise qui reçoit des fonds publics peut s’attendre à se faire questionner sur l’usage de ces fonds. En revanche, il n’est pas utile de céder à la tentation du voyeurisme dans l’analyse des détails de l’usage de ces fonds.
- Il est impossible de plaire à tout le monde. Tout projet, toute loi, toute intervention sera nécessairement suivi de protestations. Elles ne sont pas toutes valables, elles ne méritent pas toutes notre attention et elles exposent parfois une réalité de notre époque, la généralisation du phénomène du « pas dans ma cour ». Ce sont les dirigeants gouvernementaux qui ont la responsabilité de faire la part des choses, ce qu’ils ne peuvent faire que s’ils jouissent d’une certaine autorité morale.
- Il y a des limites à la communication : s’il est vrai que les problèmes de communication peuvent compromette le meilleur des dossiers, il est faux de prétendre que les campagnes de relations publiques peuvent faire avaler des couleuvres à la population. L’information circule trop librement pour que les citoyens puissent être manipulés ou induits en erreur.
- Toutes les opinons ne sont pas égales. La notion d’expertise est importante. Si tous les citoyens ont droit à leur avis dans une démocratie, tous ne disposent pas du même niveau de connaissance. On peut souhaiter que les véritables détenteurs de ce savoir sortent plus souvent et qu’on les écoute un peu plus.
Pensons à ça durant le temps des fêtes. Joyeux Noël à tous !
Patrice Ryan, président de Ryan Affaires publiques